« Le numérique est le fil directeur
de ma pratique médicale »

Se définissant lui-même comme un médecin geek, Didier Mennecier a toujours été très avide de nouvelles technologies dans sa pratique médicale d’hépato-gastro-entérologue. Site internet, blog, applications mobiles et pages Facebook dédiées, il a activement participé au déploiement du numérique en milieu hospitalier quitte à passer parfois pour  « un extraterrestre » vis-à-vis de
ses confrères ! 


 

Quelle place occupe le numérique dans votre pratique médicale ?

« En tant que praticien en hépato-gastro-entérologie, je me suis intéressé au numérique à une époque où le microcosme de la santé explorait très peu le sujet. En 1999, j’ai notamment adhéré à l’association Les médecins Maîtres-Toile qui m’a permis de créer mon premier site internet http://www.hepatoweb.com, conçu comme un outil utile pour ma pratique professionnelle. Au fil du temps, il est véritablement devenu un centre d’informations interactif pour mes patients, avec le lancement d’applications mobiles en complément. Durant la première décennie de ce siècle, le numérique en santé a très peu progressé. Il a fallu attendre la généralisation des smartphones et des réseaux sociaux pour constater une avancée majeure dans les usages et un changement de mentalités. Entre 2010 et 2013,

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Didier Mennecier
"Médecin geek"
Directeur de l'Hôpital d'Instruction des Armées (HIA) Desgenettes à Lyon.

j’avais le sentiment d’être un « extraterrestre » dans ma pratique médicale. Depuis, le numérique a pris une place prégnante dans la santé et je continue d’évoluer en suivant les innovations techniques et numériques, qui restent le fil directeur de mon activité professionnelle. »

 

 

Les outils numériques permettent-ils d’être plus proche des  patients ?

« Je me souviens qu’en présentant, à un congrès national d’hépatologie en 2012, l’intérêt de participer à un groupe de discussion Facebook, mes propos sont passés pour totalement disruptifs aux yeux de mes collègues. Pour eux, cette manière d’agir était au mieux insignifiante, au pire dangereuse… En réalité, il existe une auto discipline très importante des utilisateurs et quand une mauvaise information circule, elle est aussitôt désactivée. Cette attitude s’explique par le lien très fort qui unit les patients à leur généraliste ou à leur spécialiste. N’oublions pas que ce sont les patients qui ont boosté les professionnels de santé dans leur appropriation du numérique. Je fais d’ailleurs toujours partie d’une page dédiée à la maladie de Crohn et à la rectocolite hémorragique, une manière pour moi de maintenir cette relation de confiance et de proximité avec eux. »

Comment favoriser leur prescription ?

« J’ai participé pour la Haute Autorité de Santé (HAS) à un groupe de travail ayant remis 101 propositions en matière de bonnes pratiques et d’usages des applications mobiles, tant ces recommandations sont nécessaires pour faciliter leur prescription. Sans elles, un médecin peu habitué aux outils connectés ne prendra pas le risque d’en prescrire à un patient pour l’aider dans la prise en charge de sa pathologie. Avec trois niveaux d’applications mobiles validées, l’Espace Numérique de Santé (ENS) dans « Ma santé 2022 », avec son « Store Santé », va permettre un formidable bon en avant dans leur déploiement. »


 

D’après votre connaissance du milieu hospitalier, existe-t-il des freins au bon usage du numérique dans
les établissements ?

« Les structures hospitalières doivent faire face à deux principales difficultés en matière d’innovation numérique. La première vient de la non-prise en compte des questions liées au numérique dans la formation initiale. Pour preuve, je donne des cours en faculté, pour des DU en e-Santé où sont inscrits des médecins. Il me semblerait intéressant que les internes, souhaitant utiliser le numérique dans leur future pratique professionnelle, aient la possibilité de faire six mois de césure dans une école d’ingénieur. D’autant plus que certaines spécialités comme la chirurgie ou les services de réanimation sont plus en avance sur le sujet.

Le deuxième élément qui fausse la donne, c’est la non-interopérabilité des systèmes d’informations des établissements avec des solutions extérieures. Donc même si le personnel est formé, il risque de mal faire faute d’API avec le dossier patient ! 

On peut rajouter à ces difficultés la menace grandissante des cyberattaques qui constitue un frein aux usages numériques dans des hôpitaux qui, de manière générale, ne sont pas assez bien protégés. La crise sanitaire n’a fait que renforcer leur fragilité et les hackers ont profité de ces moments de tension pour accroitre leurs attaques, qui ont augmenté de 256  % en 2020 ! »

 

Qu’attendez-vous de la deuxième édition du CyberCamps Santé ?

« La dimension européenne de cette édition, avec des participants venant de différents pays, peut nous permettre de réfléchir ensemble au lancement d’un projet qui permettrait de proposer, avec des sociétés implantées en Europe, des solutions pour aider les établissements hospitaliers à mettre à niveau leur protection informatique et à les inciter à s’engager dans une démarche de cyber protection. Ce serait une manière de se protéger des principales attaques internationales. »


 

BIO EXPRESS

Précurseur dans la e-Santé en tant qu’hépato-gastro-entérologue et se définissant lui-même comme un médecin geek, Didier Mennecier a développé dés 2000, le site internet http://www.hepatoweb.com ainsi qu’à partir de 2013 des applications pour les praticiens et les patients. Créateur du blog https://www.medecingeek.com, il fait partie de nombreux think tanks comme le Club Digital Santé et le Lab e-Santé. Son expertise en e-Santé lui a valu d’être lauréat de l’Académie Nationale de Médecine en 2015. A partir de 2013, il a activement participé à la transformation des systèmes d’information du Service de Santé des Armées, en tant que directeur des Systèmes d’Information et du Numérique (DSIN) tout en continuant une activité clinique et universitaire. Depuis le 1er juillet 2021, il dirige l’Hôpital d’Instruction des Armées Desgenettes de Lyon.